Attendu que le monde est fabricant de boue 
Que les genoux de l'homme sont noirs dès qu'il tombe 
Ou qu'il regarde Dieu toujours propre et debout 
Et que Dieu l'a voulue cette boue sur le monde 
Que même le soleil est fier d'avoir des taches 

Attendu que le ciel cultive ses typhons 
Qu'il n'y a plus de bonnes et mauvaises saisons 
Qu'on secoue les volcans endormis pour qu'ils crachent 

Attendu la mort rapide, sans contrat, 
Nous offrant la vitesse et nos vies transparentes 
Allons-y, le vent, le vide, l'au-delà 
Pour rejoindre à long terme un néant qui nous hante 

Attendu qu'une guerre ou deux suffisent mal 
A étancher la soif que nous avons de haine 
Que notre sang se donne à tout monstre légal 
Que nous sommes esclaves, amoureux de nos chaînes 

Attendu que pour rien mes amis sont tombés 
Qu'on a prêté serment sur des villes détruites 
Que le nouveau béton est déjà lézardé 
Que déjà le malheur court à notre poursuite 

Mais attendu aussi que je tiens à mes rêves 
A ma dernière peau, c'est trop tard pour la mue 
A mon dernier amour, trop tard pour la relève 
A mon dernier poème, à mon dernier verre bu 
Attendu tout cela, attendu rien du tout 
Ne sachant si je suis le juge ou le coupable 
Je finirai aussi par tomber dans la boue 
Pour soigner, par le mal, le mal inévitable