C’était l’aube quand je naquis Comme un étrange oiseau sortie de sa coquille Puis le soleil s’élève, mon père célèbre Du bout de ses lèvres, mon nom de clochard céleste Avant de devenir Picaflore, je fus colibri Je butinais l’inspiration au nectar de la vie Haut comme trois mangues, tout me semble démesure Le ciel un troupeau de mouton dans une prairie azur L’imaginaire emmagasine ce qu’il ne pourra étudier La cime du goyavier, les racines du palétuvier C’était toujours l’aube sur mon pays natal Allongé sur la natte la tête dans les étoiles Scrutant les dégradés de couleurs et leur champs lexical Transit de froid, emmitouflé d’un cyclone tropical J’écrivais l’épitaphe des agonies nuptiales A l’encre d’un piaf à la parure royale Que ce soit ici ou ailleurs, il n’y a que l’amour qui prime Que ce soit la plume ou l’épée, il n’y’a que la pointe qui s’exprime Du Panthéon des grands je me demande ce qui me prend Montrant que je me sens ridicule je rappelle Léon Gontran A six ans j’écrivais saison des pluies sur mon pupitre Et l’Afrique sous ma plume est devenu mon seul topique J’idéalise rien, je connais l’Afrique de Stephen Smith On attendait le soleil, finalement ce qu’il faut c’est une éclipse Car la savane brûle, la saison est blanche et sèche Mon cœur s’assèche, dans le carquois de l’ange pénurie de flèches Je suis un homme de plein vent et je rejette leur industrie Je suis un nomade d’un nouveau temps et ces paroles sont comme un cri Une note de kora, un vautour dans les nuages, la rosée du matin Je voulais finir sur cette image Mais je me réveille un jour dans un monde qui fait Où les mots se frangent de silence, où la haine s’inhale Où l’on me demande de me battre constamment Il n’y a que deux camps, la victoire ou l’anéantissement Ce monde n’a pas le goût d’une cacahuète à l’apéro Il a l’odeur d’une conclusion des éditions Maspero La contingence me détermine, il faut que j’y déroge Oh mon corps fais de moi un homme qui toujours interroge De mes lectures adolescentes les pages s’éparpillent Et j’ai la plume incandescente quand les yeux s’écarquillent Je vis à la marge par hommage au marronnage Ma culture est créole comme un mélange d’aromates Quand l’art est acculé et l’âme amoureuse La prose devient vite une armée miraculeuse Si la révolte est une femme, je suis un jeune encore sage Qui fantasme en zyeutant l’échancrure de son corsage Les pètes crachent la fumée, les cheminés d’usine Ici c’est la zone zombie, y’a des trous dans l’ozone Les palmiers décapités, les ciels de faubourgs Chavirés dans ma pirogue j’ai le lyrisme de Flaubert Mon flair mon flow inspirés par bois d’ébène Et ma couleur de fermentant douleur et peine Moi j’aimerais vivre ivre de musique et de poésie Mais ma peu ici me rappel le nécessaire de ma réussite Je me montre rationnel et trop pragmatique Mais comme René Depestre je suis Nègre rebelle et romantique J’ai pleuré l’Holocauste et nos moments graves Exilé, nègre marron dissimulé dans la mangrove Mais y’a que mon groove qui me soigne, me saigne les veines Je suis chez moi comme la médisance est chez elle à Jacmel Ma pensée n’est qu’universalisme, aujourd’hui j’ai rien Moi je veux naître martiniquais et je veux mourir algérien!